{"id":4312,"date":"2020-06-27T19:19:42","date_gmt":"2020-06-27T19:19:42","guid":{"rendered":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/?p=4312"},"modified":"2020-06-23T00:49:47","modified_gmt":"2020-06-23T00:49:47","slug":"rencontre-odette-swann","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/2020\/06\/27\/rencontre-odette-swann\/","title":{"rendered":"Rencontre Odette Swann"},"content":{"rendered":"<p>On entendit la porte dentr\u00e9e se refermer et le bruit dune voiture, comme si repartait une personne-celle probablement que Swann ne devait pas rencontrer-\u00e0 qui on avait dit quOdette \u00e9tait sortie. Alors en songeant que rien quen venant \u00e0 une heure o\u00f9 il nen avait pas lhabitude, il s\u00e9tait trouv\u00e9 d\u00e9ranger tant de choses quelle ne voulait pas quil s\u00fbt, il \u00e9prouva un sentiment de d\u00e9couragement, presque de d\u00e9tresse. Mais comme il aimait Odette, comme il avait lhabitude de tourner vers elle toutes ses pens\u00e9es, la piti\u00e9 quil e\u00fbt pu sinspirer \u00e0 lui-m\u00eame, ce fut pour elle quil la ressentit, et il murmura : Pauvre ch\u00e9rie! Quand il la quitta, elle prit plusieurs lettres quelle avait sur sa table et lui demanda sil ne pourrait pas les mettre \u00e0 la poste. Il les emporta et, une fois rentr\u00e9, saper\u00e7ut quil avait gard\u00e9 les lettres sur lui. Il retourna jusqu\u00e0 la poste, les tira de sa poche et avant de les jeter dans la bo\u00eete regarda les adresses. Elles \u00e9taient toutes pour des fournisseurs, sauf une pour Forcheville. Il la tenait dans sa main. Il se disait : Si je voyais ce quil y a dedans, je saurais comment elle lappelle, comment elle lui parle, sil y a quelque chose entre eux. Peut-\u00eatre m\u00eame quen ne la regardant pas, je commets une ind\u00e9licatesse \u00e0 l\u00e9gard dOdette, car cest la seule mani\u00e8re de me d\u00e9livrer dun soup\u00e7on peut-\u00eatre calomnieux pour elle, destin\u00e9 en tous cas \u00e0 la faire souffrir et que rien ne pourrait plus d\u00e9truire, une fois la lettre partie. Le Bulletin dinformations proustiennes fait le point, chaque ann\u00e9e, sur le travail entrepris par l\u00e9quipe Proust de lInstitut des textes et manuscrits modernes CNRS : inventaire, classement, transcription et exploitation critique des brouillons et des manuscrits. La seconde partie du BIP est consacr\u00e9e aux nombreuses activit\u00e9s proustiennes dont elle tente de dresser la liste par rubriques : cours ou conf\u00e9rences, expositions et ventes, publications prochaines, travaux in\u00e9dits ou en cours. Jaimerais mieux lavoir dans mon lit que le tonnerre, dit pr\u00e9cipitamment Cottard qui depuis quelques instants attendait en vain que Forcheville repr\u00eet haleine pour placer cette vieille plaisanterie dont il craignait que ne rev\u00eent pas l\u00e0-propos si la conversation changeait de cours, et quil d\u00e9bita avec cet exc\u00e8s de spontan\u00e9it\u00e9 et dassurance qui cherche \u00e0 masquer la froideur et l\u00e9moi ins\u00e9parables dune r\u00e9citation. Forcheville la connaissait, il la comprit et sen amusa. Quant \u00e0 M. Verdurin, il ne marchanda pas sa gaiet\u00e9, car il avait trouv\u00e9 depuis peu pour la signifier un symbole autre que celui dont usait sa femme, mais aussi simple et aussi clair. \u00c0 peine avait-il commenc\u00e9 \u00e0 faire le mouvement de t\u00eate et d\u00e9paules de quelquun qui sesclaffe quaussit\u00f4t il se mettait \u00e0 tousser comme si, en riant trop fort, il avait aval\u00e9 la fum\u00e9e de sa pipe. Et la gardant toujours au coin de sa bouche, il prolongeait ind\u00e9finiment le simulacre de suffocation et dhilarit\u00e9. Ainsi lui et M me Verdurin qui, en face, \u00e9coutant le peintre qui lui racontait une histoire, fermait les yeux avant de pr\u00e9cipiter son visage dans ses mains, avaient lair de deux masques de th\u00e9\u00e2tre qui figuraient diff\u00e9remment la ga\u00eet\u00e9. Voici une lettre quil lui \u00e9crit vers 1892, il a 21 ans : Le metteur en sc\u00e8ne Guy Cassiers ouvre dans Proust 3 tous les registres afin de montrer une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9cadence morale. La mise en sc\u00e8ne aiguise les sens : elle forme une mosa\u00efque dimpressions, de paroles et dimages. Le Rotterdams Jongenskoor chante en live des \u0153uvres de Bach et Poulenc, parmi dautres. Alors que Proust 2 est un monde int\u00e9rieur de vie intime, dans Proust 3, les discussions touchant \u00e0 laffaire Dreyfus et les destructions de la premi\u00e8re guerre mondiale rendent le monde ext\u00e9rieur bien pr\u00e9sent. <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/files.triax.fr\/images\/Images\/Logo\/TRIAX_logo_statement_black_large.png\" alt=\"rencontre odette swann\" align=\"center\">  <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/medias.unifrance.org\/medias\/66\/227\/58178\/format_page\/togo-igawa.jpg\" alt=\"rencontre odette swann\" align=\"center\"> Un jour, il re\u00e7ut une lettre anonyme qui lui disait quOdette avait \u00e9t\u00e9 la ma\u00eetresse dinnombrables hommes dont on lui citait quelques-uns, parmi lesquels Forcheville, M. De Br\u00e9aut\u00e9 et le peintre, de femmes, et quelle fr\u00e9quentait les maisons de passe. Il fut tourment\u00e9 de penser quil y avait parmi ses amis un \u00eatre capable de lui avoir adress\u00e9 cette lettre car par certains d\u00e9tails elle r\u00e9v\u00e9lait chez celui qui lavait \u00e9crite une connaissance famili\u00e8re de la vie de Swann. Il chercha qui cela pouvait \u00eatre. Mais il navait jamais eu aucun soup\u00e7on des actions inconnues des \u00eatres, de celles qui sont sans liens visibles avec leurs propos. Et quand il voulut savoir si c\u00e9tait plut\u00f4t sous le caract\u00e8re apparent de M. De Charlus, de M. Des Laumes, de M. Dorsan, quil devait situer la r\u00e9gion inconnue o\u00f9 cet acte ignoble avait d\u00fb na\u00eetre, comme aucun de ces hommes navait jamais approuv\u00e9 devant lui les lettres anonymes et que tout ce quils lui avaient dit impliquait quils les r\u00e9prouvaient, il ne vit pas de raisons pour relier cette infamie plut\u00f4t \u00e0 la nature de lun que de lautre. Celle de M. De Charlus \u00e9tait un peu dun d\u00e9traqu\u00e9, mais fonci\u00e8rement bonne et tendre ; celle de M. Des Laumes, un peu s\u00e8che, mais saine et droite. Quant \u00e0 M. DOrsan, Swann navait jamais rencontr\u00e9 personne qui, dans les circonstances m\u00eame les plus tristes, v\u00eent \u00e0 lui avec une parole plus sentie, un geste plus discret et plus juste. C\u00e9tait au point quil ne pouvait comprendre le r\u00f4le peu d\u00e9licat quon pr\u00eatait \u00e0 M. Dorsan dans la liaison quil avait avec une femme riche et que, chaque fois que Swann pensait \u00e0 lui, il \u00e9tait oblig\u00e9 de laisser de c\u00f4t\u00e9 cette mauvaise r\u00e9putation inconciliable avec tant de t\u00e9moignages certains de d\u00e9licatesse. Un instant Swann sentit que son esprit sobscurcissait et il pensa \u00e0 autre chose pour retrouver un peu de lumi\u00e8re. Puis il eut le courage de revenir vers ces r\u00e9flexions. Mais alors, apr\u00e8s navoir pu soup\u00e7onner personne, il lui fallut soup\u00e7onner tout le monde. Apr\u00e8s tout, M. De Charlus laimait, avait bon coeur. Mais c\u00e9tait un n\u00e9vropathe, peut-\u00eatre demain pleurerait-il de le savoir malade, et aujourdhui par jalousie, par col\u00e8re, sur quelque id\u00e9e subite qui s\u00e9tait empar\u00e9e de lui, avait-il d\u00e9sir\u00e9 lui faire du mal. Au fond, cette race dhommes est la pire de toutes. Certes, le prince des Laumes \u00e9tait bien loin daimer Swann autant que M. De Charlus. Mais \u00e0 cause de cela m\u00eame, il navait pas avec lui les m\u00eames susceptibilit\u00e9s ; et puis c\u00e9tait une nature froide sans doute, mais aussi incapable de vilenies que de grandes actions ; Swann se repentait de ne s\u00eatre pas attach\u00e9 dans la vie qu\u00e0 de tels \u00eatres. Puis il songeait que ce qui emp\u00eache les hommes de faire du mal \u00e0 leur prochain, cest la bont\u00e9, quil ne pouvait au fond r\u00e9pondre que de natures analogues \u00e0 la sienne, comme \u00e9tait, \u00e0 l\u00e9gard du coeur, celle de M. De Charlus. La seule pens\u00e9e de faire cette peine \u00e0 Swann e\u00fbt r\u00e9volt\u00e9 celui-ci. Mais, avec un homme insensible, dune autre humanit\u00e9, comme \u00e9tait le prince des Laumes, comment pr\u00e9voir \u00e0 quels actes pouvaient le conduire des mobiles dune essence diff\u00e9rente? Avoir du coeur, cest tout, et M. De Charlus en avait M. Dorsan nen manquait pas non plus, et ses relations, cordiales mais peu intimes, avec Swann, n\u00e9es de lagr\u00e9ment que, pensant de m\u00eame sur tout, ils avaient \u00e0 causer ensemble, \u00e9taient de plus de repos que laffection exalt\u00e9e de M. De Charlus, capable de se porter \u00e0 des actes de passion, bons ou mauvais. Sil y avait quelquun par qui Swann s\u00e9tait toujours senti compris et d\u00e9licatement aim\u00e9, c\u00e9tait par M Dorsan. Oui, mais cette vie peu honorable quil menait? Swann regrettait de nen avoir pas tenu compte, davoir souvent avou\u00e9 en plaisantant quil navait jamais \u00e9prouv\u00e9 si vivement des sentiments de sympathie et destime que dans la soci\u00e9t\u00e9 dune canaille. Ce nest pas pour rien, se disait-il maintenant, que depuis que les hommes jugent leur prochain, cest sur ses actes. Il ny a que cela qui signifie quelque chose, et nullement ce que nous disons, ce que nous pensons. Charlus et des Laumes peuvent avoir tels ou tels d\u00e9fauts, ce sont dhonn\u00eates gens. Orsan nen a peut-\u00eatre pas, mais ce nest pas un honn\u00eate homme. Il a pu mal agir une fois de plus. Puis Swann soup\u00e7onna R\u00e9mi qui, il est vrai, naurait pu quinspirer la lettre, mais cette piste lui parut un instant la bonne. Dabord Lor\u00e9dan avait des raisons den vouloir \u00e0 Odette. Et puis comment ne pas supposer que nos domestiques, vivant dans une situation inf\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre, ajoutant \u00e0 notre fortune et \u00e0 nos d\u00e9fauts des richesses et des vices imaginaires pour lesquels ils nous envient et nous m\u00e9prisent, se trouveront fatalement amen\u00e9s \u00e0 agir autrement que des gens de notre monde? Il soup\u00e7onna aussi mon grand-p\u00e8re. Chaque fois que Swann lui avait demand\u00e9 un service, ne le lui avait-il pas toujours refus\u00e9? Puis, avec ses id\u00e9es bourgeoises, il avait pu croire agir pour le bien de Swann. Celui-ci soup\u00e7onna encore Bergotte, le peintre, les Verdurin, admira une fois de plus au passage la sagesse des gens du monde de ne pas vouloir frayer avec ces milieux artistes o\u00f9 de telles choses sont possibles, peut-\u00eatre m\u00eame avou\u00e9es sous le nom de bonnes farces ; mais il se rappelait des traits de droiture de ces boh\u00e8mes et les rapprocha de la vie dexp\u00e9dients, presque descroqueries, o\u00f9 le manque dargent, le besoin de luxe, la corruption des plaisirs conduisent souvent laristocratie. Bref, cette lettre anonyme prouvait quil connaissait un \u00eatre capable de sc\u00e9l\u00e9ratesse, mais il ne voyait pas plus de raison pour que cette sc\u00e9l\u00e9ratesse f\u00fbt cach\u00e9e dans le tuf-inexplor\u00e9 dautrui-du caract\u00e8re de lhomme tendre que de lhomme froid, de lartiste que du bourgeois, du grand seigneur que du valet. Quel crit\u00e9rium adopter pour juger les hommes? Au fond il ny avait pas une seule des personnes quil connaissait qui ne p\u00fbt \u00eatre capable dune infamie. Fallait-il cesser de les voir toutes? Son esprit se voila ; il passa deux ou trois fois ses mains sur son front, essuya les verres de son lorgnon avec son mouchoir et, songeant quapr\u00e8s tout des gens qui le valaient fr\u00e9quentaient M. De Charlus, le prince des Laumes et les autres, il se dit que cela signifiait, sinon quils fussent incapables dinfamie, du moins que cest une n\u00e9cessit\u00e9 de la vie \u00e0 laquelle chacun se soumet, de fr\u00e9quenter des gens qui nen sont peut-\u00eatre pas incapables. Et il continua \u00e0 serrer la main \u00e0 tous ces amis quil avait soup\u00e7onn\u00e9s, avec cette r\u00e9serve de pur style quils avaient peut-\u00eatre cherch\u00e9 \u00e0 le d\u00e9sesp\u00e9rer. Quant au fond m\u00eame de la lettre, il ne sen inqui\u00e9ta pas, car pas une des accusations formul\u00e9es contre Odette navait lombre de vraisemblance. Swann comme beaucoup de gens avait lesprit paresseux et manquait dinvention. Il savait bien comme une v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale que la vie des \u00eatres est pleine de contrastes, mais, pour chaque \u00eatre en particulier, il imaginait toute la partie de sa vie quil ne connaissait pas comme identique \u00e0 la partie quil connaissait. Il imaginait ce quon lui taisait \u00e0 laide de ce quon lui disait. Dans les moments o\u00f9 Odette \u00e9tait aupr\u00e8s de lui, sils parlaient ensemble dune action ind\u00e9licate commise ou dun sentiment ind\u00e9licat \u00e9prouv\u00e9 par un autre, elle les fl\u00e9trissait en vertu des m\u00eames principes que Swann avait toujours entendu professer par ses parents et auxquels il \u00e9tait rest\u00e9 fid\u00e8le ; et puis elle arrangeait ses fleurs, elle buvait une tasse de th\u00e9, elle sinqui\u00e9tait des travaux de Swann. Donc Swann \u00e9tendait ces habitudes au reste de la vie dOdette, il r\u00e9p\u00e9tait ces gestes quand il voulait se repr\u00e9senter les moments o\u00f9 elle \u00e9tait loin de lui. Si on la lui avait d\u00e9peinte telle quelle \u00e9tait ou plut\u00f4t quelle avait \u00e9t\u00e9 si longtemps avec lui, mais aupr\u00e8s dun autre homme, il e\u00fbt souffert, car cette image lui e\u00fbt paru vraisemblable. Mais quelle all\u00e2t chez des maquerelles, se livr\u00e2t \u00e0 des orgies avec des femmes, quelle men\u00e2t la vie crapuleuse de cr\u00e9atures abjectes, quelle divagation insens\u00e9e, \u00e0 la r\u00e9alisation de laquelle, dieu merci, les chrysanth\u00e8mes imagin\u00e9s, les th\u00e9s successifs, les indignations vertueuses ne laissaient aucune place! Seulement de temps \u00e0 autre, il laissait entendre \u00e0 Odette que, par m\u00e9chancet\u00e9, on lui racontait tout ce quelle faisait ; et, se servant, \u00e0 propos, dun d\u00e9tail insignifiant mais vrai, quil avait appris par hasard, comme sil \u00e9tait le seul petit bout quil laiss\u00e2t passer malgr\u00e9 lui, entre tant dautres, dune reconstitution compl\u00e8te de la vie dOdette quil tenait cach\u00e9e en lui, il lamenait \u00e0 supposer quil \u00e9tait renseign\u00e9 sur des choses quen r\u00e9alit\u00e9 il ne savait ni m\u00eame ne soup\u00e7onnait, car si bien souvent il adjurait Odette de ne pas alt\u00e9rer la v\u00e9rit\u00e9, c\u00e9tait seulement, quil sen rend\u00eet compte ou non, pour quOdette lui d\u00eet tout ce quelle faisait. Sans doute, comme il le disait \u00e0 Odette, il aimait la sinc\u00e9rit\u00e9, mais il laimait comme une prox\u00e9n\u00e8te pouvant le tenir au courant de la vie de sa ma\u00eetresse. Aussi son amour de la sinc\u00e9rit\u00e9, n\u00e9tant pas d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, ne lavait pas rendu meilleur. La v\u00e9rit\u00e9 quil ch\u00e9rissait, c\u00e9tait celle que lui dirait Odette ; mais lui-m\u00eame, pour obtenir cette v\u00e9rit\u00e9, ne craignait pas de recourir au mensonge, le mensonge quil ne cessait de peindre \u00e0 Odette comme conduisant \u00e0 la d\u00e9gradation toute cr\u00e9ature humaine. En somme, il mentait autant quOdette parce que, plus malheureux quelle, il n\u00e9tait pas moins \u00e9go\u00efste. Et elle, entendant Swann lui raconter ainsi \u00e0 elle-m\u00eame des choses quelle avait faites, le regardait dun air m\u00e9fiant, et, \u00e0 toute aventure, f\u00e2ch\u00e9, pour ne pas avoir lair de shumilier et de rougir de ses actes. Merci \u00e0 Iris pour cette analyse sur Un amour de Swann de Marcel Proust inversement, la possession dOdette lui sert \u00e0 tenter de sapproprier le secret 8Dans le troisi\u00e8me chapitre, consacr\u00e9 au r\u00eave de Swann, le critique se lance dans une interpr\u00e9tation psychanalytique en bonne et due forme, se proposant, comme il la fait pour les autres r\u00eaves, de lire cet \u00e9pisode sur un double niveau : celui de la narration, qui est celui, pour Swann, de la fin dun amour, et celui de linconscient, sans que lon sache si le r\u00eave de Swann transpose, par d\u00e9placement et condensation, un r\u00eave ou des r\u00eaves de Proust. Reprenant des analyses de Milton Miller, J.Y. Tadi\u00e9 sugg\u00e8re que ce r\u00eave symboliserait le renoncement \u00e0 lamour pour une femme, et pour sa m\u00e8re, au profit des jeunes gens p 41. Mais il sagit l\u00e0 dune simple supposition, pr\u00e9sent\u00e9e sous forme interrogative, et de nouveau le critique se refuse \u00e0 conclure, pr\u00e9f\u00e9rant utiliser Freud comme simple outil de questionnement. Mon grand-p\u00e8re avait pr\u00e9cis\u00e9ment connu, ce quon naurait pu dire daucun de leurs amis actuels, la famille de ces Verdurin. Mais il avait perdu toute relation avec celui quil appelait le jeune Verdurin et quil consid\u00e9rait, un peu en gros, comme tomb\u00e9 tout en gardant de nombreux millions dans la boh\u00e8me et la racaille. Un jour il re\u00e7ut une lettre de Swann lui demandant sil ne pourrait pas le mettre en rapport avec les Verdurin : \u00c0 la garde! \u00e0 la garde! s\u00e9tait \u00e9cri\u00e9 mon grand-p\u00e8re, \u00e7a ne m\u00e9tonne pas du tout, cest bien par l\u00e0 que devait finir Swann. Joli milieu! Dabord je ne peux pas faire ce quil me demande parce que je ne connais plus ce monsieur. Et puis \u00e7a doit cacher une histoire de femme, je ne me m\u00eale pas de ces affaires-l\u00e0. Ah bien! nous allons avoir de lagr\u00e9ment si Swann saffuble des petits Verdurin.  Ah! madame Verdurin, dit Cottard, sur un ton de marivaudage, vous oubliez que vous parlez dun de mes conf\u00e8res, je devrais dire un de mes ma\u00eetres. Elle le pria d\u00e9teindre la lumi\u00e8re avant de sen aller, il referma lui-m\u00eame les rideaux du lit et partit. Mais, quand il fut rentr\u00e9 chez lui, lid\u00e9e lui vint brusquement que peut-\u00eatre Odette attendait quelquun ce soir, quelle avait seulement simul\u00e9 la fatigue et quelle ne lui avait demand\u00e9 d\u00e9teindre que pour quil cr\u00fbt quelle allait sendormir, quaussit\u00f4t quil avait \u00e9t\u00e9 parti, elle avait rallum\u00e9, et fait entrer celui qui devait passer la nuit aupr\u00e8s delle. Il regarda lheure. Il y avait \u00e0 peu pr\u00e8s une heure et demie quil lavait quitt\u00e9e, il ressortit, prit un fiacre et se fit arr\u00eater tout pr\u00e8s de chez elle, dans une petite rue perpendiculaire \u00e0 celle sur laquelle donnait, derri\u00e8re, son h\u00f4tel et o\u00f9 il allait quelquefois frapper \u00e0 la fen\u00eatre de sa chambre \u00e0 coucher pour quelle v\u00eent lui ouvrir ; il descendit de voiture, tout \u00e9tait d\u00e9sert et noir dans ce quartier, il neut que quelques pas \u00e0 faire \u00e0 pied et d\u00e9boucha presque devant chez elle. Parmi lobscurit\u00e9 de toutes les fen\u00eatres \u00e9teintes depuis longtemps dans la rue, il en vit une seule do\u00f9 d\u00e9bordait-entre les volets qui en pressaient la pulpe myst\u00e9rieuse et dor\u00e9e-la lumi\u00e8re qui remplissait la chambre et qui, tant dautres soirs, du plus loin quil lapercevait en arrivant dans la rue, le r\u00e9jouissait et lui annon\u00e7ait :  En continuant \u00e0 utiliser le site, vous acceptez lutilisation des cookies. Accepter Mais Brichot attendait que Swann e\u00fbt donn\u00e9 la sienne. Celui-ci ne r\u00e9pondit pas et en se d\u00e9robant fit manquer la brillante joute que M me Verdurin se r\u00e9jouissait doffrir \u00e0 Forcheville. Pas quil attach\u00e2t tant de prix aux moments pass\u00e9s <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/puortaldovt.cf\/cache\/avatars\/886114_1524594520_fr.png\" alt=\"rencontre odette swann\" align=\"center\"> 1. Par quel moyen lapparition dOdette dans le texte est-elle retard\u00e9e? \u00c0 cet \u00e9gard, rien nest plus r\u00e9v\u00e9lateur que labsence de.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>rencontre odette swann<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4312"}],"collection":[{"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4312"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4312\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4313,"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4312\/revisions\/4313"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4312"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/school3.krasnoturinsk.org\/info\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}